vendredi 17 novembre 2017

Réedition et édition 473

 NOUVEAU
 2017

Création d'une section d'édition et de réédition.

Les ouvrages de Réedition et Edition 473 sont réservés aux adhérents de l'association 473.collection.
Définie par ses statuts, l'adhésion est gratuite et à vie.

Pour les titres et les conditions cliquer sur le lien :
Réédition-édition 473 
ou sur la barre des pages sous l'en-tête du blog.

mardi 18 avril 2017

GALERIE 473

Galerie de Collectionneurs et/ou d'Artistes

LA GALERIE 473 EST UNE GALERIE ASSOCIATIVE AMBULANTE 
Rassemblées tour à tour chez les uns et les autres les œuvres entrées dans la galerie ont vocation à être exposées dans divers lieux.
Le siège social est situé au 2 de la rue de la Convention - 47300 Villeneuve-sur-lot
Pour être adhérent actif de la galerie, il est impératif de confier physiquement l'œuvre réelle sous des conditions contractuelles rassemblants les trois parties : l'association, l'artiste et les adhérents.

Pour être adhérent, il faut être propriétaire de l'œuvre comme collectionneur ou/et artiste et accepter la charte de la galerie.

Les œuvres premières œuvres à être montrées sont les suivantes :

Photographie
Oreste Zuco Villanueva (Espagne), Juan Ortega Navaro (Espagne)

Oreste Zuco Villanueva
Reflexión urbano uno y dos
n° de 1 à 5 - Tiré par l'auteur 20 cm X 30 cm
© 2011
Juan Ortega Navaro
Vegetal cuatro
n° de 1 à 7 - Tiré par l'auteur 20 cm X 85 cm
© 2011
Sculpture 
Rémy Prudent (France et Espagne)

Rémy Prudent
B 408
 © 2008 (pièce unique)
26 cm X 15 cm X 18 cm  (pâte minérale avec durcisseur).
Vente avec droit de suite et contrat avec ou sans reproduction future.
Saltamontès (sauterelles)
© 2010 (pièce unique)
19 cm X 18 cm X 4 cm  (pâte minérale avec durcisseur teintée).
Vente avec droit de suite et contrat sans reproduction future

La Négra ( La noire)
 © 2009 (pièce unique)
36 cm X 10 cm X 11 cm  ((pâte minérale avec durcisseur teintée).
Vente avec droit de suite et contrat avec ou sans reproduction future

Estampes digitales
Vicente Javier Ortiz (Espagne)

A venir la série "Crisis"

5 estampes sur le thème de la crise économico-politque de 2008
format 30 cm X 40 cm
Édition limitée numérotée de 1 à 7




Archive feuillet 473.collection@gmail.com

Feuillet 473.collection@gmail.com
Feuillet de presse qui paraîtra quand il le pourra
  première année - 2016 à 2017
du n° 1 à n°42

 


Depuis un an le feuillet 473.collection construit sur le format technique A3 est réalisé en couleur. Ce feuillet est critiquable, mais il est ouvert à qui d'autre le souhaiterai. 

C'est un exercice d'écriture et de mise en page qui concerne beaucoup de disciplines et sa plus grande faiblesse est la relecture.


Le thème de la photographie est récurrent parce que mon intérêt pour le mediume existe et qu'il me permet d'aborder toutes les idées et les formes relative aux mots, à la forme et à la couleur.


Archive 
1ère année de mai 2015 mai 2016

n° 1 - 18/04/2015
Archives et documents
Droit à l’image

n° 2 - 01/05/2015
Mai de la photo 2015 à Villeneuve-sur-lot
Exposition 1

n° 3 - 06/05/2015 
Mai de la photo à Villeneuve-sur-lot
Exposition  2

n° 4 - 09/05/2015
Mai de la photo à Villeneuve-sur-lot
Exposition 3

n° 5 - 14/05/2015
Mai de la photo à Villeneuve-sur-lot 
Exposition 4

n° 6 - 23/05/2015
Archives et documents 
Archive photographique

n° 7 - 29/05/2015 
Exposition Bordeaux - Félix Arnaudin

n° 8 - 31/05 /2015
Photographie d’animal - Jean-Michel Labat

n° 9 - 05/06/2015 
Concours international de photographie du Photo club de Paris
9ème salon international de Paris

n° 10 - 21/06/2015
Fête de la musique Exposition 

n°11 - 23/06/2015
Autochrome et botanique

n° 12 - 30/06/2015
De l’association de photographes

PUBLIÉ
n° 13 - 14/07/2015
Un photographe - Clément Darrasse - Trichromie

n° 14 - 08/08/2015
Archives et documents - L’Autochrome 

n°15 - 15/08/2015
Les salons privés la Suite et Afrique du restaurant l’EXCUSE
Exposition

n° 16 - 07/09/2015 
La photographie première
Archives et documents

n° 17 -25/09/2015
Brëves 

n° 18 - 01/10/2015
JJM* foto povera 
Un photographe 

n° 19 - 06/10/2015
Un club des six Collectif 

n° 20 - 27/10/2015
Une photographie - La chaise de Takala

n° 21 - 1/11/2015
Documents remarquables
Archives et documents 

n° 22 -  19/11/2015 
Exposer à Villeneuve-sur-lot

PUBLIÉ
n° 23 - 21-/11/2015
IMOGEN CUNNIGHAM
Femme, femme, femme, photographes 

n° 24 - 21/11/2015
CRISTINA GARCÍA RODERO
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 
n° 25 - 28/11/2015
GRACIELA ITURBIDE
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 26 - 04/12/2015
ANGÈLE ETOUNDI ESSAMBA
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 27 - 06/12/2015
CONCHA PRADA
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 28 - 10/12/2015 
LOLA ÁLVAREZ BRAVO
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 29 - 12/12/2015
PHOTOGRAPHIE DE PRESSE
Archives et documents

n° 30 -13/12/2015
PHOTOGRAPHIE DE SAISON
Sudio

n° 31 - 19/12/2015
EXPOSITIONS HIVERNALES
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 32 - 25/12/2015
CONCOURS INTERNATIONAL DE PHOTOGRAPHIE

n° 33 - 04/01/2016
L’ART ET LA PHOTOGRAPHIE
Archives et documents 

n° 34 - 19/01/2016
KEVIN BIETTE
Un photographe

n° 35 - 20/01/2016
LËILA ALAOUI
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 


n° 36 -10/02/2016
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 
Séphanie Lacombe

n° 37 - 15/02/2016
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 
Tina Modotti

n° 38 - 17 février 2016
ÉDITHE GERINFemme, femme, femme, PHOTOGRAPHES

n° 39 - 22 février 2016
MARIE FLORES
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES 

n° 40 - 13 mars 2016
Iconomécanophile, Phosapparaphile, Mécaphotophile.
Photographie 

n° 41 - 11 mai 2016
GERMAINE CHAUMEL
Femme, femme, femme, PHOTOGRAPHES,

n° 42 - 5 mai 21016
Manifestation d’art modeste, DENIS BRIHAT
Villeneuve-sur lot  en MAI




2éme année de 2016 à 2017

mercredi 28 septembre 2016

mardi 2 août 2016

Les Vitrines

Acte I

Les Vitrines à Villeneuve est une initiative de l'association villeneuvoise 473.collection. Elle a été lancée en mai 2016 à l'occasion du 1er Photographie off de mai.
C'est une initiative d'une mise en pratique simple et matériellement facile à mettre en place pour un résultat final qui est ludique, agréable et  apprécié par un nombre de plus en plus grand de personne dans la ville.
Cette pratique nécessite uniquement des propos aimables et attentionnés qui sont échangés lors d'entretiens avec le propriétaire d'un local sur rue, vacant ou non qui accepte de prêter ses vitrines à quelques images le temps d'une reprise d'activité ou pour rendre son commerce plus attractif pour 0€ pour lui; Ce qui n'empêche pas que le propriétaire  puisse participer s'il le souhaite:
Pas plus, ni moins.

Les photographies choisies pour être exposées proviennent de plusieurs sources.
En premier, les plus historiques sont issues du Domaine public. (Nadar, Atget, etc, ...)
En second, les œuvres contemporaines, celles de vous, de moi ou d'autres auteur(e)s amateurs ou/et professionnels qui sont en accord avec la cession de leurs droits d'auteurs aliénables pour le temps de l'utilisation de leur photographie ce qui peut durer le temps d'une reprise économique du local ou du droit de chacun de quitter l'opération VITRINES à son souhait (par un contrat).
Les choix techniques sont faits pour que le coût maximum par photographie ne soit pas supérieur à 30 euros *. (impressions et matériaux qui dépendent du professionnel imprimeur).

2008 la crise et les difficultés pour tous.

Un commerce vivant fait une rue animée et une vitrine abandonnée est comme un voisin délaissé qui dépressif qui ne prend plus soin de lui.

Cette opération est financée uniquement par des dons qui peuvent aller de 2, 3, 5 € et plus et à qui chaque 30 € offrent une photographie. 

*( le changement du prix initial (16 €) est dû au départ à la retraite de l'imprimeur des débuts).

Rémy Prudent
Animateur, président de 473.


A suivre :
- La presse
- Les vitrines

LA PRESSE

Sud Ouest Jeudi 16 mars 2017
par Marion Rivette
 
Sud Ouest jeudi 27 avril 2017


 
Les vitrines
Pour divertir la ville  Offrons une photo à Villeneuve.
473.collection fonctionne sans subvention.



Acte II
Des exemples

Rue de la Croche (magasin vide)
Le rue jaune© Clémentine Vion

Rue de Pujols (magasin actif)




Rue des Élus (magasin vide)

Rue de Penne (magasin actif)



22, rue de la Convention (magasin vide)

Rue des Élus, magasin PROXI

A suivre  .......

 Remerciements
Pour divertir les rues de Villeneuve avec les photographies dans des vitrines,  il nous faut à ce jour remercier, Anne, Claire, Thierry, Kevin, Baptiste, Jean, Cécile, et Jean luc.


vendredi 22 juillet 2016

LE HAUT AGENAIS

par Victor-Eugène Ardouin-Dumazet

Fumel. Juin 1903


Au bord de la Lède. — La culture des fèves — Monflanquin. — Villeréal. — Les campagnes du haut Agenais. — Monsempron et Libos. — Fumel et ses forges. — Les carrières de l’Allemance.


La région de l’Agenais, dans laquelle on pénètre après avoir traversé la petite rivière de  Lède, n’offre pas des collines aussi nettement découpées que la vallée inférieure du Lot, mais le massif n’en est pas moins très élevé, s’il est plus confus. Une infinité de vallons le partagent et le plissent. Les villages et les bourgs sont bâtis sur les points culminants et conservent  une allure guerrière et fière qui ne laisserait pas supposer leur faible population. Ce sont pour la plupart d’anciennes bastides. Castelnaud-de-Grattecombe couvre une croupe où l’on extrait de la pierre meulière. Un autre village, Saint-Pastour, qui possède une belle église, est plus fièrement campé encore. Le bourg le plus populeux, Cancon, est lui-même situé au point culminant d’un massif strié d’une multitude de ravins et de combes qui deviendront des affluents du Lot, du Drot et de la Lède. 
Cette dernière rivière est un faible cours d’eau, mais elle constitue par la longueur de sa vallée une région bien à part, dont la ville de Monflanquin est le cœur. Elle semble immobile tant sont lentes ses eaux glauques sous le coteau de la Sauvetat. Le versant sud est raide, en partie boisé, l’autre est un verger de pruniers. Beaucoup de petits pois dans les champs, mais plus encore de fèves. Ces légumineuses sont la base de la nourriture en cette saison; il n’est guère de repas sans soupe aux fèves, même dans les meilleurs hôtels des villes ; assaisonnée avec la graisse d’oie et de canard, c’est la garbure de Gascogne. 
Si les villages, ou plutôt les centres communaux, sont peu nombreux, les hameaux de quelques maisons parsèment les collines, beaucoup ont des églises, petites et simples comme celle très ancienne de Gorconat dont le pignon triangulaire apparaît sur un éperon de roche calcaire appartenant à la formation géologique du Périgord voisin. Des abords de l’humble temple, on découvre un vaste plateau couvert de pruniers, sur lequel se dressent des coteaux isolés en forme de dômes ou de tables. D’ici le paysage de Monflanquin se précise, le mamelon couvert de toits rouges n’est pas sans grandeur, mais il manque au sommet la tour féodale ou la flèche d’église qui ferait un beau site. Sur les rives de la Lède, la campagne est encore d’une grande richesse. Le prunier n’est plus Farbre dominant, des haies de grands chênes enclosent les champs et les prés. Beaucoup de belles maisons bourgeoises, quelques châteaux sur le flanc des collines ; le fond, sous le coteau qui porte Calviniac, est une fraîche solitude. 
La route traverse la riviérette et s’élève par des pentes douces au sein des pruneraies redevenues nombreuses; en joualles sont des vignes, d’étroites bandes de blé et de maïs. Jusqu’à Lacaussade c’est comme une forêt de pruniers, à peine trouée par quelques toits de métairies. Les horizons grandissent à mesure que l’on s’élève, mais les campagnes restent solitaires : peu de hameaux; à peine, très loin, quelques groupes de maisons laissant deviner un village. Seul Cancon apparaît, sur sa petite montagne. Monflanquin est bien la dominatrice de ce pays. 
Voici l’antique bastide, de belle mine vraiment, ainsi juchée sur des murailles qui furent sans doute des remparts et dont les parois abritent des jardins plantés de grenadiers et de figuiers ; ces arbres s’accrochent aux pierres et forment une tapisserie belle de forme, de dessins et de teintes. A l’entrée de ces jardins s’étend un mail. Un des arbres a cette inscription : Défense de peser la prune sur la route
Les jours de marché, l’abondance des fruits est telle que vendeurs et acheteurs, débordant de la promenade, envahissaient la chaussée et empêchaient la circulation des voitures.
Les hôtels et les auberges principales sont ici, sur la grande route longeant la base de l’enceinte, car la ville est peu accessible, sa principale voie est montueuse et les petites rues transversales sont trop étroites. Le site choisi par Alphonse de Poitiers, pour sa ville neuve, milieu du XIIIe siècle, était excellent pour une forteresse, mais il se prête assez mal aux exigences de la vie moderne, c’est pourquoi celle-ci se porte aux abords. Aussi la cité a-t-elle gardé sa physionomie, elle possède encore sa place à galeries de formes variées : plein cintre, ogive, charpente sur colonnes. A l’un des angles un pavillon est supporté par une voûte gothique dont les nervures s’unissent par une clé de voûte sculptée. 
L’église a plutôt l’air d’une fortification, on n’en devine le caractère religieux que par le portail, sobre mais beau, grâce à son faisceau de colonnettes. Une tour carrée qui ne dépasse pas les combles de la nef flanque l’édifice. A l’intérieur, de minces colonnes s’élancent en gerbes de nervures donnant beaucoup d’élégance à la voûte de briques. 
Cette église est au point culminant de la colline, sur une plate-forme où l’on a également construit l’école et d’où se découvrent des vues immenses sur un paysage d’une grandeur pleine de majesté, s’il est simple de lignes. Au fond, le château de Biron, groupant ses tours et ses remparts massifs sur sa butte, est comme un édifice de rêve, un Mont Saint-Michel terrestre émergeant des plateaux boisés du Périgord. 
Du côté du nord, où le souffle des vents âpres a empêché les habitants de se porter, la butte de Monflanquin a gardé son aspect primitif. Des pruniers revêtent la pente raide, sous le boulevard ou plutôt la terrasse circulaire qui a remplacé les remparts plantés d’ormes centenaires. 
La vallée de la Lède apparaît toute moirée de moissons ondulantes dans lesquelles s’alignent les pruniers; vus de si haut, comme d’un à-pic, on dirait des arbres sortis de la main d’un tourneur de la Forêt Noire. 
Le coteau est un rocher calcaire facile à couper; aussi le chemin de ronde fut-il entaillé dans la pierre. Il offre sans cesse de nouvelles vues. 
Du côté de Cancon, la campagne est parsemée de belles demeures d’autrefois ou de villas modernes. Tous les coteaux sont d’un vert doux relevé par des rangées de pruniers dont les quinconces s’étendent à l’infini. Vers le sud et le sud-est se prolongent encore les campagnes mouchetées de petits arbres; au fond, des collines plus hautes doivent beaucoup de majesté à leurs formes nettes et à leur isolement. 
Dans la ville, où je pénètre de nouveau, il y a encore des maisons à ressaut, donnant l’idée de ce que dut être la bastide à son origine ; deux ou trois tronçons de rues voûtées complètent l’illusion. 
Depuis un instant le ciel s’est obscurci, un vent violent accourt, chasse les nuées, siffle dans les arbres de la terrasse, le panorama soudain s’efface. Par ce triste temps remplaçant la lumière éclatante de tout à l’heure il me faut gagner Villeréal. J’avais retenu ma place en diligence sur le siège à côté du cocher, mais devant cette bourrasque je dois m’enfermer dans la voiture, les vitres sont violemment secouées par la tempête et cinglées par la pluie. Combien m’a paru longue cette course sur un plateau ondulé, où je devinais à peine la silhouette des pruniers inflexiblement alignés dans les champs ! 
A Villeréal, les petites rues sont changées en torrents. J’erre avec mélancolie par ces voies coupées au cordeau ; la place centrale avec ses arcades offre un abri. Que de générations ont passé sous ces voûtes, depuis le lointain XIIIe siècle qui vit naître Villeréal — ville royale ! 
C’est une des plus régulières parmi les bastides de l’Agenais ; dans son enceinte presque circulaire, elle ne s’est pas modifiée depuis ses origines ; l’église naquit avec la cité elle-même. 
Toujours la pluie, faisant abandonner mon projet de gagner Castillonnès, autre bastide de plus fière allure, car elle commande la vallée du Drot du haut de sa colline. 
Jusqu’à Monflanquin, et fort au delà sur la route de Fumel, encore la bourrasque. Cependant l’averse est moins dense, on peut distinguer une campagne bien cultivée où la roche perce sur nombre de points. La pierre exploitée en carrière a permis de donner aux constructions une beauté robuste qui s’harmonise avec les lignes du paysage. Les centres de population sont de minces hameaux, malgré leur rang de communes. Les habitations isolées sont nombreuses; chacune a son figuier, cet arbre semble le génie domestique du foyer; le jardinet est clos de haies de lauriers-tins et de rosiers du Bengale. 
Cela est charmant, d’autant plus que le ciel, jusqu’alors maussade, s’éclaire enfin, voici une trouée dans les nuages, un pan bleu de firmament et, soudain, le rideau sombre se déchire, le grand soleil apparaît. Je n’ai fait qu’un bond pour aller retrouver le cocher sur son siège. La voiture court en ce moment entre les pruniers, très vigoureux, formant coi^me un verger ininterrompu divisé par des joualles et de petits champs de blé. 

En regardant la carte, je suis surpris de toujours monter et je croyais suivre la vallée de la Lède. On m’avait dit pourtant que la voiture passait par Montagnac et Salles, d’où je pourrais gagner en peu de temps La Chapelle-Biron et Biron, tout en visitant les gorges de Gavaudun. Le cocher devine la cause de ma surprise : 
— Ah ! vous vouliez peut-être aller à Gavaudun ! Un curieux pays où l’on vient beaucoup : de Villeneuve, d’Agen, de Montauban. C’est qu’il y en a des rochers, des gorges, des ca- vernes, et un château en ruines ! Maintenant je n’y passe qu’un jour sur deux. Les gens de Lacaussade ont voulu avoir leur part de la voiture, on a divisé la poire avec Montagnac ! 
— Alors nous allons à Lacaussade ? 
— Oui, si vous voulez ensuite gagner Gavaudun, ça vous allonge de plus de deux lieues et vous ne serez pas à La Chapelle-Biron avant la nuit, à Biron avant demain. 
Je m’étais bien promis cependant de voir La Chapelle où naquit Bernard Palissy et Biron qui conserve si fière tournure féodale. Hélas ! c’est près d’un jour perdu et j’ai rendez-vous à Agen demain matin. 
Il faut faire contre fortune bon cœur. Allons donc par Lacaussade. Voici le bois de ce nom, belle chênaie croissant sur le rocher et enveloppant le château, puis le village, tout menu, avec son église très humble, n’ayant qu’une cloche à son pignon. Maintenant s’étendent des champs de céréales coupés de pruniers et entremêlés de petits carrés de gesse, de vignes en joualles, de fèves. Le sol est de peu d’épaisseur, la roche perce souvent, on se croirait sur un causse. De là, sans doute, vient ce nom de Lacaussade? Des petits bois de chênes apparaissent, où déjà l’on récolte des truffes, si abondantes dans le Périgord tout proche. 
Une colline rappelant par sa forme la montagne de Laon surgit au-dessus du plateau. Un moulin à vent la couronne, mais aucune autre construction ne s’y montre; pourtant un village, Monségur, s’abrite sur l’autre versant. Les pentes étaient jadis couvertes de vignes, le phylloxéra les a détruites, un gazon ras et des genévriers se sont emparés du terrain. L’aspect est misérable, les pruniers eux-mêmes paraissent rabougris. Les maisons isolées sont petites, sans dépendances, car, le bétail étant rare, il n’est pas besoin d’étables. Gela contraste avec la pureté des lignes du paysage ; l’hémicycle décrit par la colline a de l’allure. Dans les parties où la terre est plus épaisse il y a pourtant quelques belles fermes. 
Le chemin atteint une sorte de col d’où l’on jouit d’une vue superbe sur ce confin de trois provinces : Périgord, Agenais et Quercy; on domine de haut la vallée du Lot, bordée par une rangée de collines de forme trapézoïdale. Le hameau de Monségur, maintenant visible, contemple ces admirables horizons. Il est blotti au pied d’une petite falaise de roches blanches portant les ruines d’un château. Au fond du paysage montent les fumées noires des forges de Fumel. 
La roule descend. Sur ce versant abrité des vents du nord, la végétation a changé. Le genévrier est remplacé par un arbuste à feuilles luisantes, aux jeunes pousses d’un vert tendre, aux élégantes grappes de baies rouges. C’est le sumac, si commun dans tout le bas Quercy et l’Albigeois, bien que l’emploi de cette plante indigène par les corroyeurs ait beaucoup diminué depuis que l’on tire le sumac des bords de la Méditerranée, de Sicile surtout. Il forme des touffes buissonnantes sur ces terroirs calcaires où la terre arable est de faible épaisseur. C’est le seul végétal de taille un peu élevée, autour du village de Condezaygues. Certains mamelons sont absolument nus, mais les plis sont frais, des vignes et des pruniers enveloppent le village : une poignée de maisons. A mesure que l’on descend, la richesse renaît, la végétation est belle en cette terre rouge. Sur un ressaut voici Monsempron, petit groupe d’habitations de coquette allure, une d’elles flanquée d’une tourelle. L’église romane est un bel édifice, intéressant dans beaucoup de ses parties. 
Monsempron a donné son nom à la gare de jonction établie au confluent de l’Allemance et du Lot, en y ajoutant celui de son hameau, Libos. C’est bien long à dire, Monsempron-Libos, et l’usage a prévalu de dire Libos tout court ; d’ailleurs le hameau seul a profité de cette excellente situation ; le chemin de fer le fait accroître et Monsempron reste dédaigné sur sa colline. 
Peut-être eût-il mieux valu donner à la station d’embranchement le nom de la ville voisine, Fumel, située à 2 000 mètres de là et constituant, grâce à ses forges, un petit groupe fort vivant. 
Un charmant chemin privé, gracieusement ouvert au public, va de la gare de Libos à Fumel en évitant la traversée du village. Il descend dans le vallon très vert où l’Allemance grossie par la pluie violente de la nuit et du matin roule des eaux rougies par le sol ocreux et ferrugineux qu’elle a traversé. Toute cette vallée est un gisement de fer, et le pays avoisinant aussi. La Capelle-Biron, Gavaudun et Salles dans la vallée de la Lède, Blanquefort dans un vallon aboutissant à l’Allemance, Saint-Front et Cuzorn au bord de cette dernière rivière, puis Fumel possèdent des minières. L’exploitation est morcelée; chacune de ces carrières de fer à ciel ouvert occupe un nombre restreint d’ouvriers; il y a 66 minières et elles ont occupé seulement 162 hommes en 1901. Encore le travail a-t-il été temporaire et intermittent (1). En gare de Cuzorn, où l’on vient charger le minerai sur wagons, celui-ci vaut environ 5 fr. la tonne. Les propriétaires eux-mêmes ou des tâcherons extraient ce minerai au moyen de tranchées plus ou moins profondes, “ très irrégulières dit l’ingénieur des mines dans son rapport au conseil général ; le minerai forme des lentilles verticales le plus souvent peu étendues, dans une argile presque toujours compacte. Ces lentilles, en général d’un volume restreint, ne sont guère exploitées que sur leurs affleurements, et les travaux sont arrêtés dès qu’ils atteignent une faible profondeur, de sorte que les exploitations se déplacent fréquemment. ”
On est arrivé aujourd’hui à travailler d’une façon moins barbare, le développement de la production ayant amené à conduire les recherches dans des conditions rationnelles. 
Ce n’est pas la seule richesse minérale de cette vallée de l’Allemance, elle fournit encore à Fumel la castine nécessaire aux hauts fourneaux, on l’extrait à côté même des usines ! 
Dans le haut du vallon, Sauveterre a de belles carrières de calcaire transformé en chaux hydraulique et ciment dans plusieurs usines ; le même village possède des carrières de sable pour moulage et une usine de produits chimiques. Fumel fabrique aussi des chaux et des ciments. (1) 
L’Allemance est donc une rivière active. Avant d’atteindre le Lot, ses eaux rouges font mouvoir la roue moussue d’un moulin enveloppé dans une exubérante végétation. Le chemin accède ensuite au fond du val, d’où Monsempron apparaît dans toute sa beauté, la haute abside ogivale de l’église, la tour carrée, très élevée, couverte d’un toit bas, forment un charmant décor. Au pied d’un coteau, au bord du Lot, sont les usines de Fumel, précédant la ville. Hauts fourneaux et cheminées fumantes sont une note bien inattendue dans ce paysage tranquille, en une contrée d’où la métallurgie, si active jadis, a disparu. Fumel non seulement n’a pas périclité, mais il prospère chaque jour. L’usine avait été créée par la Compagnie des chemins de Fer d’Orléans qui l’a rétrocédée à une compagnie en 1874, comme elle rétrocéda Decazeville. En 1897 elle produisait seulement 19 089 tonnes de fonte en première fusion, d’année en année la quantité a doublé; en 1901 on obtint 30 444 tonnes de  fonte en première fusion et 9 646 de fonte moulée en deuxième fusion. Les hauts fourneaux avaient employé 42 270 tonnes de minerai de l’Allemance sur une quantité totale de 46 606. La production augmente encore, car ce petit centre ne se ressent nullement de la crise métallurgique. L’établissement a pour objet la fabrication des coussinets, plaques tournantes pour chemins de fer et tramways, des tuyaux et grosses pièces de fonderie. 
Fumel est bien placé d’ailleurs, non seulement le minerai et la castine sont à proximité mais le Lot est navigable jusqu’à l’entrée du bassin houiller de Decazeville et un chemin de fer le relie aux charbonnages par Cahors et Gapdenac. 
L’usine borde la rivière, la ville est plus loin, sur une colline que surmonte l’église gothique non encore achevée ; la tour attend son couronnement et sa flèche, les hautes fenêtres ogivales, d’un bel élancement, sont masquées par des briques. 
Le vieux bourg est à l’écart, sur la pente, regardant la rivière. Les rues y sont étroites, bordées de maisons de poutrelles en encorbellement. Ce sont de tristes logis aux murs lépreux, que masque mal un espalier de vignes, le sol est de terre battue; la ville moderne est formée par la grande route bordée de belles maisons, de cafés et d’hôtels. Fumel eut un rang important dans la province et, de bonne heure, fut dotée d’une charte ; ses coutumes étaient souvent citées dans la jurisprudence. 
La commune de Fumel a acquis une des plus belles et puissantes ruines féodales de France : le château de Bonaguil, d’une allure massive ; il passe pour la première forteresse construite en vue de résister à l’artillerie. Bonaguil est trop loin pour que je puisse le visiter ce soir : deux lieues. 
La nuit vient, le soleil est déjà masqué par les collines. D’une terrasse avoisinant l’église, le paysage est d’une beauté captivante. On domine la large et profonde vallée ; au milieu erre le Lot, entre les berges rocheuses qu’il érode. Le barrage écluse établi devant l’usine fait refluer les eaux. Un pont suspendu d’une seule travée tend son tablier léger sur la nappe tranquille. Au delà, une route blanche s’en va à travers la plaine plantée de pruniers.
Un autre village, Saint-Pastour, qui possède une belle église, est plus fièrement campé encore. Le bourg le plus populeux, Cancon, est lui-même situé au point culminant d’un massif strié d’une multitude de ravins et de combes qui deviendront des affluents du Lot, du Drot et de la Lède. 


LES PETITS POIS DE VILLENEUVE

par Victor-Eugène Ardouin-Dumazet

Castelnaud. Mai  1903

A travers Villeneuve-sur-Lot . — Les peigniers en corne. — L’emballage des petits pois. — Au marché. — Les fabriques de conserves. — La culture des pois. — Machines à écosser. — Les pruneaux. — Autour de Villeneuve.



Peignier en corne… Ce métier d’Armand Daubasse existe encore à Villeneuve. Le travail de la corne s’y est maintenu et a sans doute fait naître la production des boutons de nacre. Les deux industries occupent une demi-douzaine d’ateliers, mais leur chiffre d’affaires est bien peu de chose auprès de celui représenté par le commerce des pruneaux et des primeurs, notamment des petits pois.
A l’heure où j’arrivai hier dans la ville, la rue principale, sur la rive gauche, montrait beaucoup d’activité. Des femmes installées sur les trottoirs cousaient des sacs que l’on pesait près d’elles sur une bascule. Je m’étais approché et avais constaté que l’on emballait des petits pois.
En me voyant intéressé par ce travail, une des ouvrières m’avait dit : 
— Ça vous amuse de voir tant de petits pois; si vous étiez matinal, vous en verriez bien plus encore, quand on les apporte aux fabriques de conserves.
Cela me remit en mémoire le propos d’un ami occupant une grande situation dans l’administration des postes. Je lui faisais part de mon regret de ne pouvoir parcourir l’Agenais à la saison des prunes, et il me répondait : — Des prunes ! moins curieux que les petits pois. Tous les ans nos bureaux de Bordeaux doivent envoyer des télégraphistes de renfort à Villeneuve-sur-Lot. Tenez, ils y sont encore, ils resteront tant qu’il y aura des pois nécessitant des dépêches avec les commissionnaires de Paris.
Au point du jour, ce matin, j’étais dans la longue avenue formée par la route de Monflanquin, où sont les principales fabriques de conserves.
Dès 4 heures je voyais affluer les voitures, chars à bancs conduits par des chevaux rapides ou des ânes galopant avec entrain; ces véhicules, très légers, sont chargés de sacs, ils portent de 100 à 300 kilogrammes. De petits propriétaires ayant une faible récolte et demeurant à proximité apportent leur sac sur une brouette. Chaque usine possède un grand hall dans lequel les pois sont amenés et pesés, d’autres bascules fonctionnent sur le trottoir.
Lorsque la fabrique a reçu tout ce qu’elle peut traiter dans la journée, elle ferme ses portes, les retardataires vont alors rejoindre les autres producteurs au marché.
Celui-ci se tient sur le boulevard, entre la statue de Bernard Palissy et l’hospice. Sans cesse arrivent les voitures avec leur chargement. Les animaux sont dételés et emmenés à l’écurie.
Vers 6 heures s’ouvre le marché. Les acheteurs sont tous des commissionnaires pour Paris et les grandes villes de l’intérieur ou les agents des principales maisons parisiennes. Les affaires se traitent vite, car il y a un cours établi chaque jour, selon l’abondance de la récolte.
Aujourd’hui, me dit-on, il y a peu de marchands, un violent orage a éclaté la veille et empêché la cueillette; aussi la foule, qui me semble grande pourtant, est-elle peu de chose auprès de celle des autres jours : alors, le boulevard, jusqu’au Lot, est rempli de voitures.
J’ai voulu avoir des renseignements et tout naturellement je suis allé dans une usine, la plus considérable. J’avais eu jadis des rapports avec les chefs de la maison et je crus pouvoir m’en targuer. Cela ne me servit de rien, j’eus un accueil plutôt froid, même bourru de la part du directeur. Je n’aurais pas supposé que le pacifique petit pois pût rendre les gens aussi disgracieux !
Heureusement, il est d’autres usines à Villeneuve ; quelqu’un à qui je contais ma déconvenue me conseilla d’aller voir M. Laffargue, président du tribunal de commerce, fabricant de conserves, commerçant en prune d’ente. J’eus vite oublié l’accueil discourtois que je venais d’éprouver.
Non seulement M. Laffargue me montra ses ateliers, mais il a bien voulu me documenter sur cette industrie nouvelle qui ramène la fortune dans l’Agenais.
Tout cela est récent : depuis vingt ou vingt-cinq ans seulement la culture des petits pois a pris de l’importance ; l’industrie des conserves est bien moins ancienne encore.
On a d’abord voulu utiliser les terrains d’où la vigne avait disparu, en faisant le pois de primeur, il s’est trouvé que le sol et le climat lui convenaient à merveille. Les commissionnaires de Paris n’ont pas tardé à connaître le chemin de Villeneuve ; ils ont acheté avec tant d’entrain que toute la campagne s’est mise à planter des pois pour satisfaire aux demandes. Aujourd’hui, pendant la saison, chaque jour voit arriver 70 000 à 80 000 kilogrammes. En 1898, la gare de Villeneuve expédia jusqu’à cinquante wagons de pois par jour; ce chiffre a encore été dépassé (1).
Encore faudrait-il ajouter à la vente sur le marché les achats directs faits par les expéditeurs ayant boutique et possédant leurs fournisseurs attitrés. Ceux-là envoient directement les pois à leurs correspondants par toute la France.
Comme la courte saison du petit pois ne saurait suffire pour couvrir leurs frais généraux et donner un bénéfice, ils ont demandé d’autres produits aux paysans ; sous leur impulsion sont nées les cultures d’asperges, de tomates et de haricots verts, la plantation en grand des pêchers, celle des amandiers dont on cueille le fruit encore frais. Toutes ces cultures ont fait tache d’huile et s’étendent loin, même Monflanquin envoie des pois à Villeneuve. Sainte-Livrade est devenu un centre secondaire et à ses fabriques de conserves. Clairac, trop loin de Villeneuve, possède un marché spécial chaque après-midi.
—Les affaires sont tellement actives que notre bureau de télégraphe reçoit du renfort de Bordeaux, du 1er mai au 6 juin, époque la plus fébrile.
— C’est ce que l’on m’a dit à Bordeaux.
— Mais on ne vous a pas dit que ces employés reviendront en août, à l’époque des haricots verts et des prunes ! Il y a donc une recrudescence d’activité qui se prolonge longtemps.
Revenons aux petits pois. La gare de Villeneuve n’en expédie pas moins de vingt-cinq wagons par jour à l’époque où les envois n’ont pas encore toute leur importance ; en pleine saison on atteint aujourd’hui soixante. La culture qui alimente le marché a lieu dans un rayon de 4o kilomètres, ou, encore, dans un carré de 50 à 60 kilomètres de côté. La ville est devenue en quelque sorte le régulateur des prix pour cette denrée, car toutes les usines à conserves de France sont solidaires pour les cours. Celte situation s’affirme chaque jour davantage, le pois de Villeneuve passe pour plus sucré et meilleur que celui de l’Ouest. Peut-être a-t-on gâché les prix, on a été jusqu’à payer 22 fr. les 100 kilogrammes.
La moyenne pour les conserves oscille entre 14 à 20 fr.
Aussi le cultivateur connaît-il une ère de prospérité qu’il ne pouvait espérer. Tel qui acheta un terrain de 1 000 fr. y récolte de 3 000 à 4 000 fr. de pois par saison. Mais on a utilisé tous les moyens d’accroître le rendement, le sol est absolument jardiné, les engrais chimiques, superphosphates surtout, sont régulièrement employés. C’est ainsi que les revenus bruts de 2 000, 2 500, même 3 000 fr par hectare ont pu être atteints.
La cueillette nécessite beaucoup de bras, une femme ne pouvant guère ramasser plus de 50 kilogrammes par jour.
La fabrication des conserves ne commence à fonctionner que lorsque Paris, ayant les pois de sa banlieue, n’a plus à s’adresser au dehors. Les prix baissent alors et l’industrie peut être alimentée.
Actuellement, Villeneuve possède sept usines ; elles emploient peu d’ouvrières, quatre cents personnes au plus. Mais cela lient aux machines qui ont permis d’écosser avec une rapidité prodigieuse. Chez M. Laffargue, la machine à écosser que je vois fonctionner rend 1ooooo kilogrammes de pois par jour; pour obtenir un tel travail à la main, il faudrait bien des douzaines d’ouvrières.
Le reste de l’opération n’est pas moins simple, c’est la conserve par le procédé Appert : le pois, mis en boîte que l’on soude, est soumis à l’ébullition. La fabrication des boîtes de fer blanc est une industrie importante. Une maison parisienne, qui a des ateliers dans toutes les villes où l’on produit des conserves, occupe cinquante ouvriers dans sa succursale de Villeneuve. La fabrication des caisses n’est pas moins active ; bois de peuplier du pays et bois de pin tiré des Landes sont mis en œuvre pour les emballages.
La même activité se présente au moment où les haricots verts peuvent être mis en boîte. Mais on n’a pas de machine, l’homme ingénieux qui enlèvera mécaniquement le fil de ce légume ne s’est pas révélé encore.
L’industrie française des conserves a sur ses concurrentes de l’étranger l’avantage du climat, qui permet de livrer de bonne heure, mais nos rivaux s’outillent. En Belgique, une maison de Malines possède dix machines à écosser.
La prune reste cependant la base du commerce de Villeneuve-sur-Lot, centre le plus considérable d’achats, de préparation et d’expédition. Elle y entretient toute une série d’industries annexes et de commerces : caisses, tonneaux, papier, boîtes de fer-blanc, bocaux. On aura une idée de l’activité de Villeneuve par le chiffre des expéditions : elles atteignent, pour le chemin de fer seulement, dix wagons par jour pendant trois mois. Le Lot participe pour une grande part aux transports, par cette voie les caisses de prunes sont dirigées sur Bordeaux, port d’embarquement de ces produits. L’époque de grande activité va du 1septembre au mois d’avril, elle atteint son maximum en octobre et novembre. Cette production, qui répand les millions dans une partie de l’Agenais en somme peu étendue, est menacée par les ravages des chenilles et concurrencée par l’étranger. Les principaux pays producteurs sont, en Europe, la Bosnie et la Serbie, en Amérique la Californie. La réputation de la prune d’Agen est telle que les concurrents s’abritent derrière ce nom pour écouler leurs produits. Les Américains vendent les leurs comme prunes françaises, les Serbes, plus audacieux, les livrent comme prunes d’Agen, ils en envoient sous ce nom en France même (2). Jusqu’à présent le danger n’est pas grand, mais il peut le devenir. La Serbie expédierait chaque année 226 millions de kilogrammes, d’après un journal d’agriculture, mais les chiffres officiels de 1887 donnent pour la Serbie 41 296 700 kilogrammes ; la Bosnie exporterait 40 millions. Leurs prunes, de plus en plus soignées, arrivent à lutter avec les nôtres, qui gardent cependant encore la supériorité de goût. Ces deux pays ont l’avantage de posséder à leurs portes, par le Danube, les immenses marchés d’Autriche-Hongrie, d’Allemagne et de Russie.
La concurrence de l’Amérique n’est pas moins menaçante, elle est plus scientifique surtout : les  Américains sont venus chez nous chercher nos arbres, copier nos emballages, nos machines atteintes cette année (1902) ; l’an prochain encore la récolte sera compromise. Or, ce fléau revient tous les dix ans et ses effets se font sentir pendant quatre années ! On est enfin en possession d’un remède dû au très habile professeur d’agriculture, M. de l’Ecluse ; c’est un mélange de nicotine, d’alcool dénaturé et de carbonate de soude. Le prix du traitement ne dépasse pas par prunier sept centimes. On vaporise le liquide sur l’arbre dans les premiers jours de mai; les feuilles ne sont plus mangeables et la chenille qui vient d’éclore meurt d’inanition. Ce remède, radical contre la chenille fileuse, doit l’être aussi contre la chenille verte : s’il est appliqué par tous on peut arriver à détruire complètement cette malfaisante engeance qui fait perdre vingt millions par an au Lot-et-Garonne pendant la durée de l’invasion. Le prix de l’application, déjà faible, est encore abaissé de 50 p. 100 : l’on remplace la nicotine par l’aloès.
Villeneuve-sur-Lot est le centre du mouvement contre ce fléau ; en effet, la ville, par son genre d’affaires, doit chercher à empêcher les éclosions de chenilles. Chaque retour de ces bestioles cause à son commerce des pertes énormes. Ce trafic est considérable, les recettes de la gare de Villeneuve-sur-Lot se sont élevées en 1901 à 565 000 fr., bien qu’aucun embranchement ne se détache de la ligne. Le Lot prend part au mouvement dans une proportion assez considérable. Une compagnie locale fait un service sur Bordeaux avec une flotte de cinq bateaux, dont un à vapeur.
L’activité économique explique l’animation de Villeneuve. Une course dans ses campagnes fait mieux comprendre encore la prospérité de cette jolie ville qui a su garder l’aspect du passé, tout en se transformant, autour de la cité primitive, au point d’avoir l’allure d’un grand centre. Lorsqu’on va par ces champs sur la colline escarpée où se dresse le petit village de Pujols, fier encore dans l’enceinte de murailles d’une cité désertée, on a un des plus beaux spectacles de richesse rurale que puisse offrir notre pays. En ce moment c’est superbe, toute la plaine et les pentes d’harmonieuses collines montrent les vergers de pruniers et d’amandiers montant jusqu’aux crêtes encore couvertes d’un manteau de bois.
Les pois commencent à jaunir, mais la verdure tendre des haricots naissants dessine des damiers. Là-bas, vers Penne, le paysage s’embellit encore; des collines bien taillées ont des allures de camp romain, aucun pays ne devait mieux solliciter les fondateurs de forteresses.
Cette richesse se montre partout. L’ancienne abbaye d’Eysses, devenue maison centrale et entourée d’une haute muraille, est enveloppée de belles cultures. Un pan de donjon est tout ce qui reste de la maison primitive.
La route de Monflanquin passe devant la prison et traverse longtemps le territoire de Villeneuve, au milieu des pruneraies, des luzernes, des petits pois et des céréales. Les maisons rurales, très nombreuses, sont entourées d’un jardin planté de figuiers, de lauriers et de pêchers. On commence à arracher les petits pois en cette fin de mai ; le sol ne reposera plus, aussitôt retourné à la bêche il sera replanté en haricots.
Le pays s’élève peu à peu, bientôt la vue est très étendue sur la vallée du Lot, profonde, encadrée de collines admirablement verdoyantes, couvertes de vergers réguliers de pruniers. A un tournant de la route, la vue devient immense sur un pays plat en apparence mais creusé de vallons. Au premier plan, la butte colossale qui porte Monflanquin semble commander à toute la contrée. Au fond sont deux monticules, l’un butte déserte, l’autre portant les constructions superbes de Biron, berceau de la famille ducale de ce nom.

Au pied d’une côte la flèche de pierre de Sainte-Radegonde, aiguille blanche, semble surgir de la verdure. Sainte-Radegonde n’est point un village, mais une paroisse groupant la multitude de maisons isolées appartenant à la vaste commune de Villeneuve-sur-Lot. Plus loin, sur une colline, apparaît Castelnaud, village d’une éclatante blancheur.